Pierre Larauza, concepteur de la “performance interactive urbaine” Insert Coin
La "performance interactive urbaine" Insert Coin a suscité beaucoup de curiosité de la part des spectateurs bisontins. Pierre Larauza, concepteur avec Emmanuelle Vincent, de la performance nous livre ici quelques éléments autour de ce projet : sa conception, ses évolutions.
Culture-besancon.fr : Pouvez-vous nous donner quelques éléments sur la performance que vous proposez aux spectateurs bisontins lors de Sonorama ?
Pierre Larauza: Cela fait cinq ans que ce spectacle existe, il repose sur un principe très simple et efficace. Notamment par rapport à d’autres spectacles que nous créons. Celui-ci est basé sur un lien audio entre le spectateur et la performeuse. Il n’y a qu’un seul casque par installation et cela institue un double statut du spectateur : le spectateur conventionnel, qui regarde une scène entrain de se jouer, et le spectateur joueur, presque acteur qui lui va être en représentation par rapport aux autres spectateurs, et va jouer avec le boitier de navigation accessible sur l’installation. Par ce boitier, il peut choisir des zones pour lesquelles chaque performeuse à plusieurs actions possibles. Le spectateur peut inciter la performeuse à répéter la même action, c’est déjà arrivé avec des enfants notamment. Chaque performeuse conserve néanmoins la possibilité de retourner la situation en coupant la télécommande du spectateur.
Il existe dans ce spectacle une réflexion autour de l’interactivité et de la fausse interactivité, ainsi que sur la notion de contrôle : qui contrôle qui ?
Les thématiques sont liées à des problématiques que nous ne traitons ici que par le biais de performances de femmes, mais qui sont mixtes. Il existe plusieurs niveaux de lectures de ce spectacle, c’est pourquoi il plaît aux enfants comme aux adultes. Il dérange parfois, suivant la manière dont les spectateurs s’inscrivent dans la démarche. Par ailleurs, certains textes ou actions sont relativement violents et peuvent heurter, questionner. Il existe trois univers :
- La première performeuse est dans une dépendance physique et mentale au médicament, avec tout ce que cela engendre ;
- La seconde est dans un délire obsessionnel de connaissance de soi-même, de réflexions par rapport à la catégorisation : suis-je belle ? Comment je suis ? et interroge le spectateur en retour ;
- La troisième renvoie à la notion de marchandisation du corps, et notamment la femme comme marchandise.
C-b.fr : Comment vous inscrivez-vous dans cette manifestation Sonorama ?
P. Larauza: Dans ce projet, le son appartient à la dramaturgie. Il constitue un élément très important de l’écriture ainsi que du dispositif. Nous rejoignons ainsi l’élément central et fondateur de la manifestation.
La version que vous découvrez aujourd’hui est la troisième version de ce spectacle, déjà présenté en Belgique il y a peu de temps. Il est né en 2004. Ici vous n’avez que des textes nouveaux.
Cette performance a été présentée dans des contextes différents depuis 2004, urbain et extérieur comme ici, mais également en scène comme à Marseille, où un décor avec des plaques de plexiglas est créé et où les performeuses sont dans de toutes petites cellules d’un mètre de large. Ce qui intéressant dans ce type de configuration scénique c’est que le son urbain est absent, les spectateurs arrivent ainsi dans une salle quasiment silencieuse, avec trois performeuses plongées dans des univers sonores intimes. L’interaction reste individuelle, car il n’y a toujours qu’un casque, mais plusieurs spectateurs devant la vitrine.
Avec Emmanuelle Vincent, nous donnons une importance particulière à l’esthétique et à l’installation. Ainsi le soir, sans performeuses, les lieux créées sont déjà des installations en soit. Nous jouons d’ailleurs souvent le soir, mais le public est alors différent de celui rencontré ici en journée à Sonorama, car nous n’avons plus de gamins ou de personnes âgées qui s’arrêtent pour épier la performance.
Pour nous, c’est très intéressant de jouer ici. En 2004, Insert coin était uniquement proposé en version scénique, c’est à partir de 2006 que nous avons mis en place la version urbaine.
Notre dernier projet chambre d’hôtel, que vous verrez je l’espère l’année prochaine à Sonorama car nous allons le proposer, est un spectacle que nous avons joué à Chalon cet été et qui se déroule autour d’une caravane contenant des performers et le public est répartit autour. C’est une fiction-réalité.
Cet aspect urbain des spectacles que nous proposons nous passionne, nous nous confrontons à un autre public, et pas exclusivement aux festivaliers, qui ne connaissent pas forcément la performance ou l’art contemporain.
Par ailleurs, dans le milieu de la performance, il y a beaucoup de plasticiens. Nous avons une approche différente, car nous sommes issus du théâtre, donc avec une sensibilité particulière par rapport au spectateur. Personnellement, au départ j’étais peintre et, quand je peignais, je ne pensais pas spécifiquement au spectateur, à son regard. Ici nous accordons beaucoup d’importance à la manière dont il va réagir et interagir. Ce projet c’est donc une “installation-performance” qui interroge et questionne le spectateur.
+ d'info
Dans le cadre de Sonorama 2009. Besançon, Paysage sonore
Evénement(s) Insert Coin (t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e)











