Foto Povera

Exposition

  • Jeudi, 1 Avril, 2010 - 10:00 - Vendredi, 2 Avril, 2010 - 19:00

Installé dans la tour Bastionnée Vauban, l’Atelier de recherche et de création de l’Ecole des Beaux-arts de Besançon Foto Povera expose les travaux d’étudiants autour de la photographie. Celle-ci sera présentée sous toutes ses formes, du sténopé à la projection sur l’eau. Liée intimement au patrimoine bâti bisontin (élu au patrimoine mondial de l’UNESCO pour son architecture Vauban) cette exposition, qu’il est cocasse de nommer hors les murs puisque installée au cœur d’une des plus belles fortifications du centre ville, proposera un exemple original de dialogue avec le patrimoine.

 

COMMISSARIAT

  • DOMINIQUE  BOUTEILLER, ENSEIGNANT
  • JEAN DAUBAS, ARTISTE

 

PHOTOGRAPHES

ANITA CASSI

La pièce présentée par Anita CASSI est le fruit d’une démarche totalement expérimentale, tant par son contenu et sa signification que par les modalités techniques de production de l’image photographique. Nous sommes à la fois ramenés aux origines de la photographie (le magnifique album de photogrammes sur cyanotypes British Algae de  Anna Atkins en 1850) et aux préoccupations les plus contemporaines sur les questions du Corps, de la Femme et de l’Identité en passant par une plaisante citation des Anthropométries d’Yves Klein.

"Tout d'abord, ma volonté était de ne pas utiliser un appareil photographique, car je voulais garder le côté manuel et archaïque de l’expérience. Le cyanotype ne met en œuvre aucun procédé mécanique, le corps remplace ici la machine, le soleil provoque la réaction physico-chimique et l’eau agit comme un “révélateur” par dépouillement. Mes premiers essais ont été guidés par le mythe franc-comtois de la Vouivre, corps de femme surgissant des eaux, mi-femme, mi-monstre des eaux. Après mes premières recherches, j’ai tenu à jouer à la fois sur la question de l’empreinte du corps (matrice de l’image),  sur la notion d’identité (empreintes digitales) et sur l’image archétypale de la Femme en choisissant les parties visibles ou escamotées de l’image (visage). J’ai vécu la réalisation de l’image comme une “performance”, m’enduisant à l’abri de la lumière le corps d’une solution chimique, la transférant sur le papier, combinant ensuite l’empreinte de mon pouce et exposant finalement le tout à la lumière du soleil, avant de modifier les teintes de l’image par intervention chimique. Bien sûr, l’expérience a été très forte d’un point de vue sensoriel, car j’ai confronté mon corps à des situations très inhabituelles et elle m’a surtout permis d’approfondir le thème de mes recherches sur le Corps et ses modes de représentation par les artistes."


MORGANE DEMARCHI

C’est par une image presque évanescente que Morgane DEMARCHI nous invite dans les mondes fragiles du sommeil et des pratiques pauvres. Car nul besoin d’un dispositif technique complexe pour nous faire partager ce moment de paix où le corps s’échappe du monde conscient pour partir flotter vers le territoire des rêves. Il ne se passe rien et c’est déjà tellement… C’est une approche simple, directe que nous propose Morgane ; il n’y a qu’à poser notre regard, écouter la respiration de l’autre et l’image se forme, doucement, simplement.

"Un petit trou dans une feuille de plastique placée devant l’objectif d’un appareil numérique… C’est suffisant pour appauvrir la “bonne image” normalement produite par cet appareil : créer du flou aléatoire, mais pas du flou contrôlé. Et pourtant, par cette intervention, c’est l’état de sommeil qui apparait et devient tangible sur ce portrait endormi. L’esthétique pauvre prônée par l’approche Foto Povera révèle le sens et la beauté cachée de nos gestes les plus simples. Je suis intéressée par la banalité de ces moments où il ne se passe apparemment rien, où il n’y a pas d’évènements “méritant” d’être photographiés. Si l’image photographique nous donne à voir un maximum de détails, Foto Povera peut lui apporter une vision totalement renouvelée ; encore faut-il une certaine prédisposition du regard associant attention aux petits riens et sensibilité particulière."

ALEXIA GERARD

Au cœur de certaines pratiques contemporaines de la photographie où le regard sur soi tient une place majeure, hybridant images fixes et images animées, Alexia GERARD nous entraîne dans la quête d’elle-même qu’elle mène depuis longtemps. Sans concession, dégradant volontairement les images d’elle-même et/ou de l’autre qui l’habitent pour nous faire partager son questionnement identitaire et son mal-être, Alexia parvient à briser en nous et en elle toute référence à "la belle image".

"J’avais réalisé une vidéo pour exprimer ma cohabitation avec l’autre moi-même ou plutôt les autres moi-même… C’est de cette vidéo que j’ai extrait neuf images, les plus fortes, celles qui expriment le mieux la haine et le mal-être provoqués par cette cohabitation. Je les ai ensuite imprimées en noir et blanc sur support transparent, puis je les ai grattées à la main, en quelques minutes, avec des outils très simples (compas, épingles, cutter). Une vraie démarche “pauvre” en réalisation et en coût, mais totalement forte et spontanée. Pour la présentation, j’ai tenu à me placer (mes images) comme prisonnière entre deux plaques de plexiglas."

VALENTINE HAEGEL

Par son utilisation d’appareils  jetables conçus pour permettre aux amateurs de photographier sous l’eau, Valentine HAEGEL s’inscrit parfaitement dans les tendances les plus récentes de l’attitude Foto Povera. Jusqu’à la mise en espace, ou, plus justement, la mise en eau de son travail, Valentine joue avec les déformations optiques inhérentes à la photographie en milieu liquide, les couleurs étranges du monde des piscines, et, bouclant la boucle, finit par rendre à l’eau et à son lent travail de destruction les images mêmes qu’elle avait pêchées dans cet élément.

"Cette approche me permet de questionner la question du corps et de son mouvement dans un environnement qui ne lui est pas – ou qui ne lui est plus – naturel. En photographiant ces corps évoluant dans l’eau, c’est une nouvelle forme de perception que je découvre, où déformations du corps, mise en question des lois de la gravité, liquéfaction des mouvements se combinent en une espèce de chorégraphie, renforcée par les incertitudes des cadrages et les effets étranges de ces corps plongés dans les profondeurs d’un bleu presque monochrome inspiré par le travail d’Yves Klein."

ANNE-CECILE MARGER

Mêlant pratiques pauvres et technologie numérique, la projection proposée par Anne-Cécile MARGER est de nature complètement autobiographique, mais son enjeu est bien plus étendu : nous interpeller sur une des dérives graves de la société du «tout numérique», l’addiction à l’écran. Associant très fortement cet état d’addiction à la qualité si particulière de la lumière des écrans d’ordinateur, Anne-Cécile a construit son projet autour de la capture dégradée de ces ambiances lumineuses fragiles et de leur restitution sous forme d’une projection silencieuse très lente visant à mettre le spectateur en état d’endormissement.

"J’évoque une brume de non-vie, une façon qu’ont les téléphages et les ‘no-life’ comme sont qualifiés les accros de l’ordinateur et d’internet, d’être faussement vivants, sortes de zombies toujours assis, envoutés par la lumière diffuse des écrans qui leur font face. Vivant directement cette passivité chez mon compagnon qui, à une époque, passait 15 heures par jour devant son écran, à jouer en réseau avec une communauté virtuelle, j’ai choisi d’en faire le portrait. Après quelques essais au sténopé non concluants, j’ai décidé d’utiliser un appareil numérique tout en travaillant aux limites pour dégrader le résultat final (adjonction de gélatines colorées directement sur l’optique, manipulations diverses) pour en faire une tout autre photographie créant une autre atmosphère qui correspond à l’ambiance du lieu, à l’esprit dans lequel le modèle était lors de ses longues sessions de jeu. Dans la projection sur le mur de la Tour, les photographies défilent très lentement, ce qui symbolise le moment où l’esprit s’engourdit et se laisse bercer par la lueur d’un écran, oubliant même la présence du monde réel. Le spectateur peut alors ressentir les effets d’une immersion dans le monde de l’addiction au jeu virtuel."

NORIYUKI MURAKI

Cela commence comme un conte : un jour partir sur de petites routes, se laisser aller à contempler le territoire… Cela aurait pu s’arrêter là, mais pour le regard baladeur de Noriyuki MURAKI, il y a matière à réflexion et les enjeux sont plus sérieux. Certes, son équipement se limite à 4 appareils jetables bien insignifiants, mais cela ne l’empêche pas de s’imposer un protocole aussi rigoureux que celui des photographes du mouvement New Topography (1975) : 4 images correspondant à 4 points de vue perpendiculaires, répétées  à chacun de ses arrêts photographiques. Cela ne suffit encore pas à Noriyuki qui, par la conception de son installation, nous fait jouer avec le Temps de l’avant devenu Temps de l’après.

"Un jour, j’ai fait un voyage avec mon vélo. Partout où je suis allé, il y a de beaux paysages à photographier. Avec quatre appareils jetables orientés dans quatre directions opposées, j’ai pris des photos, comme des empreintes du temps. Maintenant, les spectateurs sont invités eux aussi à faire un voyage autour de mes huit boîtes, mais par une sorte de retournement temporel, ces huit boîtes deviennent elles-mêmes des regards observant les regardeurs d’un temps passé."

AURELIE SZENKER

Expérimenter, chercher, observer les nouveaux résultats obtenus, changer de dispositif, recommencer… Aurélie SZENKER est rentrée à fond dans le jeu des règles de la « photographie pauvre », mais elle a su en dépasser le caractère strictement ludique. Car c’est véritablement un nouveau mode de perception qu’elle découvre et qu’elle nous invite à partager. Aurélie déplace, au sens propre comme au sens figuré, nos repères optiques, nous proposant et même nous imposant de reconsidérer ce que nous croyions connaître.

"La nature fait partie de notre quotidien et j’ai voulu la montrer sous un point de vue nouveau, loin du paysage traditionnel… Utilisant un appareil numérique rudimentaire et réalisant toutes sortes d’expérimentations avec des types de verres et de matières différents,  j’ai cherché à créer une incertitude de résultat, jouant simultanément du flou, de déformations et de reflets. Ici, le verre prend la place de la lentille et fonctionne comme un écran, capable de mettre à distance l’idée de paysage et de nature puis nous ouvrant les portes d’un autre imaginaire."
 
LUCE DE TETIS

Mettre en œuvre des pratiques pauvres pour servir au mieux son exploration des représentations sexuées du corps, jouer avec des assemblages de [soi-disant] réalité photographique pour perdre le spectateur entre matière du corps et matière argentique, c’est le champ d’expérience de Luce de TETIS, inspirée entre autres par les photographies de Hans Bellmer. A l’aide d’un appareil rudimentaire "vintage" au cadrage pour le moins capricieux, elle a emprisonné en images son modèle (sa victime ?) puis, dans le secret de la lumière rouge du labo, a continué à le maltraiter de ses propres mains pour finalement nous l’offrir en sacrifice tel un fétiche sexuel primitif.

" … J’ai eu l’irrésistible envie comme une démangeaison charnelle d’enlacer, d’embrasser de la viande jusqu’à faire naître une saucisse boursouflée. Le menaçant des fils que j’avais en main, j’ai accroupi mon voluptueux modèle et lui ai tourné autour afin de le ligoter, le transformant en véritable sculpture prisonnière, soumise à ma capture photographique rudimentaire. Ensuite, j’ai choisi quatre images pour les combiner en un ensemble organisé verticalement, allongeant ainsi ce corps capitonné pour créer une sorte d’érection ou une larve aux tissus contenus, invitant ainsi le regardeur (voyeur ?) à y projeter cauchemars ou fantasmes…"

HONG WANG

L’attitude Foto Povera, malgré son côté « joyeusement bricoleur » est loin d’être toujours dénuée de fondements scientifiques     rigoureux ; c’est d’ailleurs cette oscillation permanente entre Système D et théorèmes géométriques qui souvent intrigue et attire les esprits curieux. Hong WANG est un de ceux-ci et il s’est interrogé sur la relation entre nos capacités de vision en relief et les capacités de la photographie à traduire le relief , ou plus exactement à suggérer une « impression » de relief sur l’épreuve photographique. Aujourd’hui largement délaissée, la stéréophotographie connut un engouement considérable à la fin du XIXe et au début du XXe), servie par une abondante production industrielle de supports et d’appareils, tous plus ingénieux les uns que les autres. Mais elle s’inscrivait déjà comme l’héritière des multiples divertissements optiques et tout particulièrement des fabuleuses lanternes magiques.  En bricolant avec 2 appareils jetables et quelques bouts de carton une chaîne complète de capture et visualisation stéréoscopique, et en nous invitant à aller regarder dans la boîte, Hong WANG nous propose de revivre un peu l’émerveillement enfantin souvent mêlé d’un frisson de crainte que nos aïeux allaient chercher dans les foires et autres lieux d’attractions optiques.

"C’est le fait de ne pas voir exactement la même image avec chacun de nos yeux qui permet ensuite à notre cerveau de reconstituer l’effet de relief ; pour obtenir photographiquement le même effet, il convient donc, théoriquement, de prendre simultanément deux photographies distinctes, parfaitement alignées en utilisant un écartement d’axe optique d’environ 6, 5 cm, correspondant à l’entraxe moyen de nos yeux. Bien entendu, l’effet n’est pas le même selon l’éloignement de la scène photographiée ; il est alors possible de “jouer” avec l’écartement optique pour modifier la perception du relief. Une autre variante consiste à n’utiliser qu’un appareil en réalisant deux prises de vue successives (au lieu de 2 prises de vues simultanées avec deux appareils). Il faut veiller à l’homogénéité des conditions de prise de vue (luminosité, exposition, cadrage…) et bien entendu, avec un seul appareil, il sera impossible de réaliser des images stéréoscopiques de sujet en mouvement !"

HA-YOUNG YOO

Par une sorte d’illumination, au propre comme au figuré, Ha-Young YOO décide d’opposer aux exigences de pauvreté technique contenues dans Foto Povera le choix d’un sujet spirituellement riche. C’est ainsi qu’avec un vieil appareil elle explore selon un protocole simple et systématique la relation entre une personne et les textes bibliques qui la touchent, mariant images et mots ou plutôt, images et images de mots. L’installation présentée est l’aboutissement d’une recherche en profondeur où la forme se met au service du contenu (choix des papiers, jeux de lumières et transparences, etc.)

"J’ai réalisé mon projet au sein du Groupe Biblique Universitaire regroupant des étudiants des diverses religions chrétiennes et aussi non-croyants pour des séances d’approfondissement de la Bible. J’ai pensé que la Bible, objet précieux, serait un bon sujet pour mon vieil appareil de photo rudimentaire… j’ai demandé à chaque participant de m’indiquer son passage préféré dans la Bible et j’ai réalisé pour chacun  un portrait de profil et une image de la page de la Bible avec les versets choisis par lui. Pour mon installation, la parole de Dieu se présentant comme la lumière dans la Bible, j’ai utilisé une lumière assez forte de telle sorte que la bible semble éclairer les visages regardant leurs versets préférés"

MIN-JU YOO

Comme beaucoup d’artistes d’aujourd’hui, Min-Ju YOO explore le domaine de sa propre identité par le moyen de l’autoportrait. Mais loin d’une démarche d’affirmation forte d’elle-même, c’est au contraire la recherche du continent inconnu en elle qui nourrit sa quête. Dans le projet Foto Povera, Min-Ju a su trouver la voie de cette découverte en mêlant pour ses prises de vues travail sériel systématique (sujet, moments de la prise de vue) et modalités techniques pauvres et aléatoires. Dans l’installation conçue par elle pour nous montrer ses images d’états intermédiaires, elle flotte entre rêve et réalité, entre terre et ciel au gré des souffles d’air.

"J’ai été intéressée par l’aspect expérimental de l’approche Foto Povera car il m’a permis de travailler d’une manière nouvelle sur le thème de l’autoportrait. J’ai décidé de me prendre chaque jour en photo à 2 moments importants : mon entrée en sommeil (à mon coucher) et ma sortie de sommeil (à mon réveil). Pour accentuer l’incertitude de ces états de demi-sommeil, entre le réel et le rêve, j’ai utilisé un appareil jetable à la mise au point imprévisible et ai répété l’expérience plus d’une semaine. J’ai ensuite voulu garder à  ces images leur ambiance douce et un peu chimérique ; c’est pourquoi j’ai transféré sur tissu mes photos avant de les accrocher en un mobile à armature de bambous en pensant à cette phrase du réalisateur coréen Kim Ki-duk : It’s hard to tell that the world we live in is either a reality or a dream…"

Informations pratiques / tarifs: 

Vernissage le 1er avril 2010 à 18h
Exposition ouverte de 10h à 19h