Pierre Moine, programmateur à l'Herbe en Zik
Membre de l'équipe de six programmateurs de l'Herbe en Zik au sein de l'association Interférences, Pierre Moine nous parle de logistique, de budget, de concurence et de découvertes...
Culture-besancon.fr : Quelle est sommairement la logistique d’un festival comme celui‑ci ?
Pierre Moine : En termes de logistique et d’organisation, il y trois personnes qui travaillent à plein temps sur le festival : une chargée d’administration, un responsable des partenariats et une chargée de communication. Tous travaillent pour l’association Interférences, qui organise par ailleurs des concerts tout au long de l’année, ainsi que les tremplins en région. Autour de ces personnes gravitent des membres de l’association qui sont plus ou moins impliqués dans le projet. Le travail concernant la logistique commence réellement en janvier pour se terminer un mois après le festival. On travaille exclusivement avec des prestataires locaux.
C-b.fr: En tant que partie prenante de l’équipe de programmateurs, quel est ton rôle et comment travaillez-vous ?
Pierre Moine : Un festival tel que celui-ci, c’est plus d’un an de travail. La programmation pour 2011 est déjà en cours d’élaboration, les idées commencent à émerger. On tâte le terrain et on envoie déjà quelques mails pour prendre des contacts. On a réussi à créer une relation de confiance avec les tourneurs et ça permet d’avoir de solides bases de travail. On travaille avec certains depuis des années. Si l’on arrive aujourd’hui à avoir des têtes d’affiche ou des petits groupes intéressants, c’est grâce à ces collaborations dans la durée ! On a parfois des bonnes surprises, par exemple il y a quelques années Olivia Ruiz était venue et c’était l’un de ses premiers festivals… Ici la confiance joue, un tourneur peut nous orienter vers des artistes prometteurs.
Les tourneurs avec lesquels on travaille ne sont pas forcément parisiens, par exemple pour The Inspector Cluzo, la boite est localisée à Bordeaux. Aujourd’hui, grâce à internet, un tourneur n’est plus forcément obligé d’être sur Paris pour travailler sérieusement. On collabore également avec quelques tourneurs étrangers, le plus souvent pour avoir des groupes assez spécifiques. Parfois, on travaille presque directement avec l’artiste. C’est le cas par exemple avec des artistes qui jouent seuls, notamment les DJ, comme Dave Clarke qui joue ce soir.
Si on travaille sur toute l’année, pour la programmation cela commence concrètement à se mettre en place en septembre. À ce moment, on commence à voir les tournées en train de se monter. Et, si tout se passe bien, la programmation est normalement bouclée fin janvier. Après, il y a toujours des impondérables, un groupe qui décline ou qui part en tournée avec une grosse tête d’affiche ; c’est le cas de Volbeat programmé à l’origine cette année et qui part en tournée européenne avec Metallica… Donc dans ce cas, c’est un peu le rush pour trouver un groupe qui permette de remplacer le groupe défaillant, tout en gardant la cohérence de la programmation.
On travaille à six sur la programmation de l’Herbe en Zik : une personne se charge de l’electro, une du metal exclusivement, une du rock, une est dédiée au reggae, une autre personne se charge de ce qui est têtes d’affiches / mainstream et, moi, enfin je gère tout ce qui touche aux « découvertes ». On travaille néanmoins en commun pour créer une programmation intéressante et éclectique. Cela n’est pas forcément simple, mais on arrive toujours à proposer quelque chose de pertinent. Au-delà de nos envies et découvertes, on doit s’adapter également aux attentes du public. Le public bisontin aimant le reggae, on s’arrange toujours pour avoir des artistes intéressants à proposer dans ce style.
Le budget conditionne largement la programmation que l’on peut mettre en place. Le budget programmation de l’Herbe en Zik cette année représente environ 150 000 euros sur les 500 000 euros du festival. On compose avec cette somme, ce qui n’est pas simple compte tenu du contexte actuel. Car aujourd’hui avec la crise du disque, les artistes misent tout sur les concerts pour arriver à s’en sortir. Donc en toute logique, les prix ont fortement augmenté et tous les festivals en pâtissent, notamment les festivals français, qui collaborent plus souvent qu’ailleurs avec le public que le privé. Même les gros festivals français galèrent à toucher des grosses têtes d’affiche intéressantes, car le même week-end il y a par exemple trois autres festivals en Europe où les cachets sont parfois triplés par rapport à ce que peut proposer un organisateur français. Je pense notamment au Heineken Open’er Festival, financé par la marque du même nom. Après, certains artistes abusent également en gonflant artificiellement leur prix au regard de leur potentiel… On ne citera pas de noms…
À notre échelle, on est également soumis à concurrence avec d’autres festivals français, il doit y en avoir trois autres de même taille dans la même semaine que l’Herbe en Zik. Ils ont des groupes que nous n’avons pas et réciproquement.
C-b.fr : Et sur les « découvertes » qui te concernent plus particulièrement ?
Pierre Moine : On fonctionne beaucoup au coup de cœur. On écume pas mal les festivals et les concerts. On a aussi des groupes qu’on affectionne plus particulièrement… On est vraiment sur de la découverte, l’idée c’est de proposer un contenu qui étonne, qui surprenne et surtout qui plaise. Le festivalier ira peut-être ensuite s’acheter le disque… et là on aura réussi quelque chose ! On travaille à l’échelle nationale et internationale, on ne se fixe pas de limites particulières. Et du coup on arrive à faire venir des groupes de partout dans le monde à des prix intéressants.
Cette année 2010, on a réussi à faire venir The Inspector Cluzo qu’on hésitait déjà à faire venir l’année passée. Ils avaient joué aux Eurockéennes et fait un bon buzz. Vendredi, on est également très heureux de refaire jouer Nosfell qui a produit des choses de qualité, notamment avec des gens de The queen of the stone age. Son univers a encore évolué. Et Samedi, la découverte sera Cheveu, un groupe bien spécial et assez barré…qui est capable d’étonner ! Ça devrait intéresser une partie du public bisontin.
C-b.fr : Vous développez aussi des tremplins (Zik en Herbe) ?
Pierre Moine : Cela fonctionne différemment de la programmation. D’autres personnes de l’association Interférences s’impliquent dedans. L’idée c’est justement que si un programmateur participe à ce travail précis, il enlève sa casquette de programmateur, pour aborder les choses autrement, avec un autre regard.
On organise tous les ans un appel à candidature. Cette année, on a reçu environ 70 maquettes de groupes locaux. Il y a des groupes qui tentent leur chance tous les ans, mais on a également de belles surprises. Cette année c’est le cas, puisque les deux groupes retenus n’avaient jamais candidaté : Suicide Levitation – un groupe qui envoie !! – et My Lady’s House – un groupe folk bisontin qui commence vraiment à exploser, ils ont d’ailleurs été pris par les Eurockéennes, c’est donc qu’on ne s’est pas vraiment plantés !
Dans le principe, on choisit entre 4 et 9 groupes, que l’on fait tourner dans des bars ou des petites salles de la région, généralement des endroits où ils n’ont jamais joué. Ça permet de faire de « l’aménagement culturel du territoire », de dynamiser des lieux tout en faisant connaître des artistes régionaux.
C’est la troisième année que l’on conduit cette opération Zik en Herbe et, a priori, cela va se pérenniser ! Pour l’année qui vient, on essaiera de mettre en place les tremplins plus tôt, avec un appel à candidature en été et les concerts en septembre-octobre, afin d’éviter les neiges francs-comtoises qui nous ont bloqués cette année !!
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Dans le cadre de Herbe en Zik 2010
Structure(s) Interférences












