My Way

Chronique
Publié par Marc Vincent, www.diversions-magazine.com (Avril 2010) le 09/04/2010 - 15:55


Nous avions croisé la compagnie Oh ! Oui... sur les planches du Nouveau Théâtre l’année dernière. A Besançon, Joachim Latarjet et Alexandra Fleischer portaient la parole du père de cette dernière, exploration tout à la fois impressionnante et intime de souvenirs douloureux. La compagnie revient sur le devant de la scène avec My Way, où le théâtre se nourrit une nouvelle fois des expériences intimes de chacun.

On connait tous My Way, la célèbre chanson créée par Claude François, reprise dans le monde entier, d’Elvis à Nina Simone en passant par Sinatra. Joachim Latarjet nous rappelle que ‘’my way’’ signifie ‘’à ma façon’’ en anglais. C’est donc ‘’à leur façon’’ que les habitants des villes de Besançon, Mulhouse et Saint-Médard-en-Jalles ont nourri My Way en parlant de leurs chansons fétiches, nids à souvenirs. 
Les chansons populaires ont cette faculté de réveiller en nous des fantômes, des joies ou des douleurs. Peu importe l’interprétation de la chanson en elle-même, ce qui compte est le contenu affectif de ce petit format de trois ou quatre minutes, et ce qu’il mobilise en nous de sentiments plus ou moins refoulés.

Le documentaire

Autour de ces expériences recueillies,  comédiens, danseurs et musiciens tracent des parcours, créent l’oeuvre. ‘’Le documentaire est un concept assez flou finalement car, quand on dit « documentaire », on évacue en général le désir de fiction qui préexiste dans la vie’’, note Joachim Latarjet. Le metteur en scène nous dit en substance que la fiction fait partie intégrante de nos existences. Autant l’exploiter pour parler intimement de nous-mêmes. Chanter sa vie pour retrouver une parole et peut-être aussi, un peu, se retrouver soi-même.

L’intime

My Way trouve son origine dans Les Subsistances à Lyon, qui avaient proposé à la compagnie Oh ! Oui... de travailler avec des habitants du quartier de La Guillotière dans l’élaboration de séquences de 5 à 10 minutes  jouées en préambule de chaque spectacle. Dans ce quartier métissé et populaire, Joachim Latarjet et ses compagnons ont rencontré des individus aux expériences diverses : souvenirs de la DDASS, chants religieux, instants intimes. Parfois les chansons se branchent sur des vibrations plus touchantes, comme cette institutrice afghane arrivée en France, qui chantait régulièrement lorsqu’elle était encore dans son pays, avant que les Talibans n’interdisent aux femmes de chanter.

L’image

Deux écrans mobiles accueillent des images, manipulés par des comédiens qui vont jouer avec les ombres. ‘’Une actrice chante face au public’’, explique Joachim Latarjet. ‘‘En bougeant l’écran nous verrons qu’elle est en fait doublée par une autre actrice, laquelle fait aussi semblant. Elle est doublée en réalité par la voix de la première actrice, ou bien par la voix d’une des personnes que nous irons interviewer’’. Les voix se mêlent et la mise en abyme joue à fond, comme pour brouiller la frontière entre réalité et fiction.

Les vidéos sont tournées par le réalisateur Alexandre Gavras. Les gens interviewés à Mulhouse, Besançon et St-Médart-en-Jalles sont enregistrés, mais non filmés. Ce que le réalisateur filmera, c’est leur lieu de vie, leur maison, leur quartier et les objets qu’ils utilisent dans leur vie quotidienne. Car ce sont ces objets, ces situations et ces lieux du quotidien qui sont constitutifs d’une personne. La part de l’intime, là encore.



My Way, Nouveau Théâtre de Besançon, du 20 au 23 avril, par la compagnie Oh ! Oui...


+ d'info
Evénement(s) My way
Structure(s) Diversions

Lieu Nouveau Théâtre