Hiraki Sawa – Carrousel, Musée des Beaux-Arts et Musée du Temps, Besançon, du 19 juin au 26 septembre 2010

Chronique
Publié par Dominique Demangeot le 20/06/2010 - 09:42


C’est une exposition collective, mobilisant plusieurs structures bisontines (organisée par le Frac Franche-Comté, les Musées du Centre, l'Iufm de Franche-Comté et le Centre d’Art Mobile) qui a lieu au Musée des Beaux-Arts et au Musée du Temps de Besançon du 19 juin au 26 septembre 2010.  Une exposition en deux endroits qui donne à voir le travail de l’artiste Hiraki Sawa, jeune vidéaste né au Japon et qui travaille à Londres. L’exposition Carrousel  présente douze œuvres réparties sur les deux musées. A travers ses nombreux écrans, Sawa nous présente une vision fragmentée du monde qui nous ramène souvent à l’enfance, un univers de contes où la narration tient une place importante. Une boîte à images où il faut prendre le temps de s'installer... et de rêver


Car les vidéos de Sawa penchent sans nul doute du côté de l'imaginaire, abolissant les frontières et mettant en parallèle des mondes antinomiques. Les 200 m2 de la salle XVIIIe du Musée sont ainsi pris d’assaut par une dizaine de vidéos. Des avions de ligne croisent tranquillement le plafond d'un appartement, prennent comme piste de décollage la machine à laver. Des chevaux, des éléphants, des humains cheminent, êtres réduits à des tailles lilliputiennes qui se croisent sans se voir, tout absorbés à leur tâche de marcher, voler et même naviguer comme cette flotille de chevaux à bascule dans une baignoire. Dans le monde d'Hiraki Sawa les frontières sont perméables, le dessus des tables, les touches des pianos se liquéfient, monde surréaliste qui rappelle les tableaux de Magritte et Dali, où le créateur / artisan prend des libertés avec les lois physiques, avec la gravité, avec les matières.

Tout le talent d'Hiraki Sawa consiste justement à forger un univers cohérent à l'aune de ses propres lois, s'inspirant de ses propres souvenirs d'enfance. A force de visionner ces scènes emplies de "zénitude", de suivre du regard les lentes mais imperturbables avancées des personnages de Sawa, une connexion semble s'instaurer entre les différentes vidéos. On peut les voir en partie et y revenir plus tard, on est frappés par la continuité entre les différents écrans, l'artiste ayant trouvé le liant qui fait se côtoyer grandes plaines, horizons lointains et appartements anglais cosy. Atmosphère contemplative à l'image de ce jardin zen géant.

Le spectateur se retrouve pris lui aussi dans ces brusques changements d'échelle, plongeant dans les larges écrans ou au contraire contraint de se pencher pour visionner de minuscules scénettes dissimulées dans des coffrets,  fenêtres ouvertes sur des mondes, faisant vibrer notre curiosité. Pour Emmanuel Guigon, directeur des musées du Centre à Besançon, les travaux de Sawa font également référence à Baudelaire et au romantisme. L'élément poétique en tous cas est loin d'être absent dans la mesure où l'artiste forge d'autres mondes, ménage d'autres réalités et suscite chez le spectateur une saine curiosité, cette envie de lorgner à travers le trou de serrure qui nous ramène à l'enfance. Et découvrir des secrets.  En réorganisant le réel, Hiraki Sawa, artiste démiurge, dessine d’autres mondes et les fait tournoyer sur un grand carrousel.


+ d'info
Dans le cadre de Les F'estivales de Besançon 2010

Evénement(s) Hiraki Sawa - Carrousel