Festival de caves 2010, proposé par la Compagnie Mala Noche

Communiqué
Publié le 19/04/2010 - 10:15


En 2005, la Compagnie créait dans la cave d’un particulier bisontin, Le Journal de Klemperer, monologue adapté du journal tenu entre 1933 et 1945 par le philologue allemand Victor Klemperer. Ce spectacle se faisait en partenariat avec le Musée bisontin de la Résistance et de la Déportation. La cave était le moyen de rappeler les conditions de survie et la nécessité de se cacher pour un intellectuel comme Klemperer sous un régime dictatorial.
Le lieu "cave" s’est révélé être un lieu formidable de création et a remporté un succès certain. Les spectateurs et comédiens présents lors de cette création ont compris l’intérêt que pouvait comporter un lieu comme celui-là.

La compagnie crée plusieurs spectacles chaque année. Nous créons et jouons dans les circuits traditionnels de notre profession : Scènes Nationales, Centre Dramatique Nationaux… En 2005, le spectacle Animaux en paradis s’est créé au Théâtre des 2 rives à Rouen. En 2006, nous créerons La séduction d’un dieu tout puissant au Royaume-Uni. En 2007, nous produirons Le mourrant d’aujourd’hui à Nice, Rungis, Colombes, Grenoble, Belfort…
Cependant ces productions sont longues et complexes à mettre en place, engendrent des coûts importants et cassent une forme de liberté et de spontanéité nécessaire à l’activité de fabrication de spectacles vivants. En outre, la compagnie a formalisé une relation "permanente" avec plusieurs comédiens amis : Pierre-François Doireau, Josée Drevon, Etienne Fague, Pearl Manifold, Christian Pageault, Luc Schillinger, Judith Siboni. Tous ayant une longue expérience professionnelle ou une formation dans une école nationale d’acteur.

Cette relation nous a donné l’envie de mettre en place un projet de création de spectacles multiples dans une période limitée, une sorte de festival, dans lequel la seule exigence serait de choisir des textes et des formes incitant les spectateurs à réfléchir et à rêver. Les mots seraient au centre de ces créations. Ce projet nécessitait l‘invention d’une économie particulière, loin des créneaux habituels.

Nous avons ainsi décidé de créer quatre spectacles, d’en reprendre deux autres et de les jouer dans les caves de bisontins. C’est ainsi que nous jouerons entre le 15 mai et le 24 juin plus de 32 représentations dans divers lieux bisontins. Une pièce est commandée à un écrivain genevois, une autre est choisie dans le répertoire d’Howard Barker, un ami de la compagnie, les autres spectacles étant des adaptations de textes littéraires, scientifiques ou historiques. Les pièces sont toutes jouées par les "comédiens associés". Nous recevrons en outre un le Terrier d’après Franz Kafka, mis en scène par Jean Lambert-Wild, un metteur en scène ami.

La proximité avec les spectateurs, le décor naturel, la petitesse de la "scène" la limitation des éclairages engendrent des formes artistiques particulières. Mais nous chercherons à montrer que ces formes peuvent être nombreuses, que les styles peuvent être différents malgré l’apparente fixité des lieux.

Les textes choisis sont divers, racontent tous des histoires différentes. Mais un point commun les réunis tous : notre espoir que ces textes pourraient produire chez les spectateurs une réflexion, pourraient les interroger sur notre monde.
Cela pourrait être cela la fonction du théâtre : non plus donner des réponses simples à un monde complexe mais poser des questions complexes à ce monde que d’aucuns aimeraient plus simple. Dans notre festival de caves, notre simple ambition sera de poser ces questions complexes et diverses. 

Guillaume Dujardin

L’Esprit des caves

Au mois de Mai, au moment où il est de bon ton d’être vu montant les marches d’un festival célèbre, le public bisontin est amené à descendre des escaliers, à s’enfoncer dans les caves de la ville.

Public d’initiés qui repère dans quelques points de surface, le plus souvent liés à la culture, les dates, titres des spectacles et un numéro de téléphone : seul viatique pour aborder le voyage dans les méandres underground de la ville. Accepter d’ignorer jusqu’au dernier moment le lieu de la représentation, accepter d’être dérouté, d’entrer dans les entrelacs de l’inconscient, de perdre ses repères géographiques. Le festival des caves, c’est une autre approche de la ville, une autre expérience du spectacle.

L’esprit du festival c’est aussi celui de l’expérience de l’exiguïté et de ses conséquences. Dans une cave, tout se trouve concentré. Le premier effet tangible est la promiscuité avec les autres spectateurs. On ne peut ignorer son voisin. Il faut parfois commencer par resserrer les chaises donc se rapprocher. On perçoit alors les bruits de corps, la respiration, les mouvements des autres. Ils existent en tant qu’êtres de chair. Et individuellement chacun devient conscient de son corps. Il est nécessaire de faire en sorte de le maintenir en situation de contrôle et d’écoute.
Dans ce dispositif, la séparation scène- salle disparaît. Il n’y a plus qu’un lieu unique dans lequel se trouvent des corps conscients de leur existence et des effets produits. L’espace de jeu est réduit, le souffle de l’acteur donne le tempo, détermine celui du public qui se trouve  « accroché à ses lèvres ». Chacun vibre sur le même rythme : celui du texte transmis par le corps et la voix de l’acteur.

Un théâtre pauvre. Dans cet espace réduit, le minimum. Quand tout l’artifice du théâtre est enlevé : le théâtre, les décors, les fauteuils, le rideau, la scène, que l’on s’enfonce dans les entrailles de la ville, ne reste que l’essentiel du théâtre : du texte et des corps. Et de cette alchimie naît ce qui est au cœur de l’acte théâtral : l’expérience, collective et singulière à la fois, de la création d’un espace imaginaire.

Isabelle Capitaine-Benne

 

Des nouveautés pour 2010

Cette année sera la cinquième édition du Festival de Caves. Depuis que nous avons créé ce Festival, il  a évolué, grandit, d’année en année. Il s’est fait connaître. Nous avons ouvert nos portes à des comédiens jeunes mais aussi plus "réputés", des écrivains nous ont proposé des pièces originales écrites spécifiquement pour le Festival, des institutions nous ont ouvert leurs portes, chaque année de nouvelles caves nous sont proposées, un public s’est fidélisé, venant pour certains à l’ensemble des spectacles du Festival.
Avec ces années, notre Festival s’est structuré, organisé, tout en gardant sa légèreté et sa convivialité.
Cette années deux nouveautés à signaler :

Nous allons "régionaliser" le Festival. Depuis sa création, nous essayons de jouer en dehors des frontières de Besançon. Mais à partir de cette année, cette régionalisation va se faire de manière plus systématique et plus ambitieuse. Ainsi, outre Besançon, nous jouerons à Belfort, Courchaton, Dôle, Lons le Saunier, Morteau, Nans Sous Sainte Anne, Pontarlier, Pouilley les vignes, Saône. Ainsi, chaque département qui constitue notre Région recevra la visite du Festival. Dans ces villes, nous sommes accueillis soit par une institution (théâtre, commune…) soit par un particulier. À nous ensuite, de rencontrer le public pour leur faire découvrir ce Festival si particulier. Et peut-être, inventer dans ces villes, un Festival de caves plus court peut-être mais qui pourrait engendrer ses propres créations. Cette volonté de "sortir" de nos frontières s’opérera également avec des représentations à Saint-Etienne, en Rhône-Alpes. Nous y jouerons cette année A nos oublis (demain il fera jour). Espérons, que ce Festival puisse petit à petit être présenté dans d’autres villes de France et que d’autres Festivals de caves naissent, ici ou là. (pour mémoire, Andy et moi avait été également présenté à Caen et Croisement à Paris pour une série de représentations).

Cette année, nous allons recevoir le soutien des trois institutions bisontines : Nouveau Théâtre, Théâtre de l’Espace et Théâtre Musical. Ces soutiens seront de formes différentes, mais ces théâtres ont accepté de nous soutenir, de nous "parrainer" pour ce Festival tout en lui permettant de garder son originalité et son autonomie. Notre projet se fait en complément de ces scènes et non en concurrence. En toute amitié, donc.


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Dans le cadre de Festival de caves 2010

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