"Do not go gentle" de Per Hüttner

Tribune
Publié par ERBA le 03/12/2009 - 00:00


La science a toujours entretenu avec les artistes et leur création un rapport étroit ; qu'on songe un instant à la découverte des lois de la perspective, de l'astronomie, de l'anatomie ou à la redécouverte du nombre d'or pour les peintres humanistes, ou bien encore à la théorie de la relativité ou de l'inconscient psychanalytique pour les Surréalistes, chacun semble s'être inspiré des théories du moment ou du moins de leur vulgarisation.

De même, les contrepoints que furent les mouvements qui souhaitaient montrer à la science ses limites, voire dénoncer ses impostures, (songeons aux zutistes comme aux pataphysiciens), ne le firent précisément que par rapport à l'état de la connaissance scientifique à leur époque et au savoir qu'elle exprimait sur l'homme ou le monde.

Or aujourd'hui, si l'on excepte les réflexions biologiques ou écologiques, plus nombreuses à essaimer dans le champs artistique, bien peu de créateurs osent se mesurer à la science, ou du moins, se référer explicitement à elle.

Sans doute comme le disait Foucault parce que celle-ci apparait comme trop morcelée en savoirs pointus, quasiment inaccessibles aux non-spécialistes, ou peut être parce qu’elle a  pris une hauteur et une puissance inégalée qui, pour reprendre une expression commune, nous "tiendrait en respect" ?

Aussi l'exposition double de Per Hüttner plasticien suédois et de son compère le jeune commissaire italien Daniele Balite qui se deroulera à la fois au Musée du Temps et à l'ERBA à compter du 10 décembre prochain ne peut-elle que faire figure d'événement exceptionnel.

L'artiste de Göteborg entend rien de moins  en effet que de nous faire partager la vision problématique du temps qu’ impose aujourd'hui la mécanique quantique !

Temps-paramètre ouvert et non seulement chronologique qui inscrit dans l'espace des temporalités brouillonnes, diffuses, bien éloignées de nos expériences de succession de nuits et de jours qui nous rassuraient tant depuis des millénaires.
"Relatif " au point même qu’on s'interroge sérieusement : et si le temps, à proprement parler, n'existait pas ?

Comme si notre beau musée du temps n'était en fait que le musée des tentatives humaines d'inventer, de nommer et mesurer une fiction apaisante et ordonnée, une durée expérimentée subjectivement  mais non le temps lui-même ?

Aussi, les interventions de Per Hüttner prendront-elles la forme de performances passées, invisibles si ce n'est par leurs traces, (lit brisé puni sans doute de la succession des nuits qui nous induit en erreur nous faisant croire à une linéarité temporelle, ou long effeuillage de livres, ô combien difficile à situer temporellement face à  leur résonance, tel l' ”Odyssée” et sa figure de la patiente Pénélope par exemple et son descendant éloigné le “Ulysse” de James Joyce.

Traces qui nous indiquent le chemin : le temps est avant tout de l'espace à éprouver, saisir, appréhender.

Le visiteur en fera donc l’expérience : ici il s'est passé quelque chose et le musée du temps deviendra  vraiment musée de l'expérience spacio-temporelle au sens contemporain et scientifique du terme et non musée des mesures humaines du temps.

Difficile, minimale, diront les uns; poétique et rigoureuse disent déjà les autres, cette exposition veut nous amener à mieux saisir le dilemme de l’artiste qui aujourd'hui tente vraiment de mesurer sa création à l'aune de la science moderne. Science qui avance davantage par domaines d'incertitudes que proclamation de vérités.

Plus qu’une simple exposition, une tentative de renouer un dialogue expérimental entre un artiste et l'état le plus contemporain de notre recherche scientifique.  N’est-ce pas  ce qu’appelait de ses voeux d’ailleurs le savant llya Prigogine quand il invoquait la nécéssité d’une “ nouvelle alliance”  ?

Cette exposition crée pour Besançon est déjà à l’origine d’un “buzz” européen d’autant que Per Hüttner est le créateur et l’animateur d’une académie itinérante de recherches plastiques appelé “VisionForum” qui avec l’ERBA et le Musée du Temps  organisera précisément une étape française sous forme d’une table ronde animée par Laurent Devèze, Directeur des Beaux Arts au Palais Granvelle le 9 décembre à 18h et qui rassemblera des jeunes artistes et commissaires d’Italie, de Suède, de Grande Bretagne et d’Ukraine autour du thème des problématiques contemporaines de la création européenne d’aujourd’hui.

En bref, les 9 et 10 décembre ne venez pas “passez le temps” mais le rencontrer avec nous !


+ d'info
Evénement(s) "Do not go gentle" ou "N'entre pas sans violence" (Per Hüttner)
Structure(s) Institut Supérieur des Beaux Arts de Besançon/Franche-Comté (ISBA)

Lieu Palais granvelle (Musée du temps)